L’histoire de la montre gousset

Mogo Admin

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Ancêtre de montre gousset
Ancêtre de montre gousset – milieu 16e siècle

Les précurseurs (horloges portables et montres de table)

Les horloges à poids

Avant le 15e siècle, le seul moyen que l’on connaissait pour entrainer le mouvement des horloges était des poids.
On remontait le poids, attaché à une ficelle, et celui-ci descendant sous l’effet de la gravité entrainait le mécanisme de l’horloge. Ce mécanisme avait l’avantage d’être simple et relativement précis car la force exercée par la gravité est constante. Mais cela ne pouvait pas être facilement déplacé car l’encombrement était important.

L’utilisation du ressort spiral

montre de voyage 1500
Montre de voyage 1500 – 1510

Au début du 15e siècle on miniaturisa le ressort spiral, qui était cependant connu dès l’Antiquité, mais dont les dimensions étaient très importantes. Ce fut une révolution car on a pu se dispenser des poids pour actionner le mouvement. Cela a donc permis de réduire la taille des horloges et sont ainsi apparu les premières montres véritablement transportables. Déjà en 1480 le roi de France Louis XI ordonnait que ses montres soient transportées partout où il allait.

La plus ancienne de ces montres de table transportables retrouvée à ce jour appartenait au roi de Bourgogne. On pense qu’elle a été fabriquée entre 1460 et 1490.

Montre de voyage 1460
Montre de voyage 1460 – 1490

Ces montres étaient donc bien transportables mais on ne pouvait pas encore les porter sur soi. C’est là qu’intervient une autre grosse évolution :

La première montre collier : Peter Henlein

Peter Heinlein
Peter Heinlein

Peter Henlein est considéré comme l’inventeur de la montre à gousset. Nous allons voir que ce n’est pas tout à fait vrai. Cependant celui-ci a eu une influence majeure dans l’histoire de ces montres.

Peter Henlein était un serrurier de Nüremberg, dans le sud de l’Allemagne, né vers 1479 et mort en 1542. En septembre 1504 il fut impliqué dans une rixe avec son collègue Georg Glaser lors de laquelle celui-ci perdit la vie. Il demanda alors et obtint l’asile au monastère franciscain de Nüremberg, dans lequel il demeura jusqu’en 1508. Il y côtoya alors des artisans, des mathématiciens et des astronomes et reçu l’influence des connaissances arabes venues d’Espagne et des marchands italiens de Venise, en pleine renaissance italienne.
Il développa son art et réussi à miniaturiser le ressort spiral et à placer ce mécanisme dans un petit boitier capable de fonctionner dans n’importe quelle position. Il eut aussi l’intuition de transformer la montre en bijou : il associa le mécanisme horloger et la pomme d’ambre ou pomandre (ref) très en vogue à l’époque.
Sa notoriété doit beaucoup à Johann Cochlaeus qui, dans un éloge à la ville de Nuremberg, écrivait en 1511 :

Chaque jour, ils (les artisans de Nuremberg) inventent de plus belles choses. Par exemple, Peter Hele (Henlein), encore jeune homme, crée des ouvrages de mode que même les mathématiciens les plus savants admirent : avec un peu de fer seulement, il fabrique des horloges à plusieurs roues qui, peu importe comment on les fait tourner, indiquent et sonnent les heures pendant quarante heures sans aucun poids, même lorsqu’elles sont portées à la poitrine ou dans un sac à main.

Johann Cochlaeus , 1511

La montre de 1505

La montre pommandre de 1505
La montre pommandre

La première montre connue de Peter Henlein est datée de 1505. Elle fonctionne toujours et est évaluée entre 50 et 80 millions de dollars.
C’est une montre pomme d’ambre constituée de deux demi-sphères en cuivre reliée par une petite charnière. La moitié supérieure de la pommandre peut être ouverte pour révéler une seconde demi-sphère – légèrement plus petite – en dessous. Le haut de cette sphère intérieure montre le cadran. La surface supérieure du cadran indique les chiffres romains pour la première moitié de la journée, et sur la face extérieure du cadran les chiffres arabes pour la seconde moitié de la journée. Cela montre la transition vers la nouvelle utilisation des chiffres à cette époque de l’histoire.

Une pomme de senteur, également nommée pomme d’ambrepomanderpomandre ou pommandre est une boule en forme de pomme composée de produits odoriférants à visée prophylactique tels que l’ambre gris, la civette ou le musc. Plus tard, il devient un bijou en métal précieux ciselé, contenant les mêmes parfums.

Wikipedia
La montre de 1505
La première montre connue – 1505

Le diamètre du boitier est de 4,5 cm à l’équateur et le mouvement mesure 3.60 cm x 3.55 cm. Son poids est de 54 g. Le mécanisme est remonté par une clé et peut ainsi fonctionner 12 heures.
A l’intérieur du boîtier, sous la face extérieure de la montre on trouve gravé “MDV PHN” ce qui signifie : 1505 Peter Henlein Nuremberg.
Sur cette montre sont gravées des représentations de la ville de Nuremberg au début du 16e siècle ainsi que différents symboles : le soleil, source d’énergie et de lumière mais aussi principal indicateur du temps, le serpent se mordant la queue ou Ouroboros qui représente la vie éternelle et l’orbite du soleil et le laurier symbole d’immortalité.
Cette montre est pourvue de 3 pieds pour la poser sur une table, mais, comme les pomandres de l’époque, elle dispose aussi d’un anneau pour pouvoir la porter autour du cou ou attachée à un vêtement. Ceci est rendu possible grâce à son faible encombrement et à sa légèreté.

pommandre
pommandre

Les autres réalisations de Peter Henlein

On ne connait aujourd’hui que deux montres pomandre : la montre pomandre de 1505 qui appartient à une collection privée et la seconde est datée de 1530. Elle a appartenu à Phillipp Melanchthon, théologien et collaborateur de Martin Luther. Elle est visible au Walters Art Museum de Baltimore (USA).
Pourtant on sait qu’il fabriqua de nombreuses montres collier destinées à la haute société du 16e siècle dont notamment Martin Luther, Kaspar von Schöneich (chancelier du Mecklembourg), Frédéric III, électeur de Saxe, Kardinal Albrecht de Brandebourg, Philip Melanchthon, Mercurino di Gattinara.
Il fabriqua aussi des montres boites, à poser sur une table, comme on peut en voir une sur un portrait du marchand Georg Gisze peint en 1532. Le mécanisme, relativement peu épais était enchâssé dans une boite. Mais on connait des montres plates à porter sur soi dès les années 1540.

Georg_Gisze-1532
Georg Gisze -1532

Les oeufs de Nuremberg (Nürnberger Ei)

Oeuf de Nuremberg
Oeuf de Nuremberg

Souvent attribués à tort à Peter Henlein, les oeufs de Nuremberg sont une évolution de la montre plate créée par celui-ci. Leur forme devient alors plus ovale et deviennent populaires vers 1580 (Henlein mourut en 1542).
Ovale comme oeuf d’où leur nom ? Pas du tout !
Ce nom viendrait d’une déformation du mot “petite horloge” : Uhrlein ou Auerlein en vieil allemand qui serait devenue Eierlein, petit oeuf. Cette déformation serait apparue pour la première fois dans une traduction de Rabelais par Johann Fischart en 1571. Il semble plutôt que cette erreur ait contribué à la production de montres ovales, plus connues de nos jours sous le nom d’oeufs de Nuremberg.

A cette époque les ancêtres de nos montres gousset ne possédaient qu’une seule aiguille pour les heures, tout simplement car elles étaient très imprécises car elles utilisaient le régulateur à fusée : elles pouvaient varier de 30 minutes par jour ! Et elles n’avaient pas encore de verre mais un capot ajouré permettant, sans l’ouvrir, de pouvoir lire l’heure.

fusée et barillet
fusée et barillet

Evolution des montres de poche et apparition de la montre à gousset

L’invention de la vis en 1550 permit de pouvoir encore plus miniaturiser ces montres de poche. Leur forme s’affina et s’arrondit. Le verre fut utilisé pour protéger ces montres vers 1609 et les allemand mettaient ces montres dans une “Fuppe” (dialecte bas-allemand), poche destinée à décourager les voleurs. De la découle le nom de fob watch en anglais.
Mais on ne parlait toujours pas de montre gousset.
Ce fut Charles II d’Angleterre qui popularisa l’usage du gilet en 1666. Ce gilet porté près du corps possédait des poches dans lesquelles on rangeait sa montre. Le terme de gousset fut aussi utilisé pour désigner une petite poche vers 1642, la montre de gousset était née !

Mais au fait dites-vous montre de gousset, montre à gousset, montre de poche ou montre gousset ?

Les montres gousset modernes

Les innovations pour améliorer la précision de ces montres n’ont cessées d’apparaitre. On peut citer par exemple :

  • 1650 : remplacement de la cordelette de la fusée par une chaînette
  • 1675 : invention du balancier régulateur à ressort spiral par Christian Huygens. Il remplace l’échappement à verge utilisé jusqu’alors.
  • 1670-1680 : utilisation par des astronomes français de l’aiguille des secondes.
  • 1686 : apparition de l’aiguille des minutes concentrique à celle des heures par Daniel Quare. Bien que l’aiguille des minutes existât bien avant. On rapporte que l’astronome Tycho Brahé l’ait déjà utilisée. Mais elle était alors dans un cadran séparé :

Vers 1560, le landgrave de Hesse-Cassel et Tycho-Brahé avaient des horloges. Celles de Tycho marquaient les minutes et les secondes.”

François Arago, Astronomie Populaire tome 1, 1854.
  • 1704 utilisation du rubis pour réduire les frottements grâce à Nicolas Fatio.
  • 1725 invention de l’échappement à cylindre par George Graham.
  • 1753 invention de l’échappement à ancre.

Initiée et soutenue par l’astronomie, l’amélioration de la précision des montres à gousset en fait maintenant en ce milieu du 18e siècle des garde-temps précis et fiables. Elles vont ainsi pouvoir accompagner l’évolution technologique de la révolution industrielle qui se dessine.

En 1714 le parlement britannique créé le Board of Longitude et vote une loi, le Longitude Act, offrant un prix allant jusqu’à vingt mille livres à qui fournirait une méthode de détermination de la longitude en mer précise à 0,5° près après un voyage transatlantique, ce que beaucoup pensaient impossible. John Harrison, un ébéniste anglais décide de s’attaquer au défi en 1730 et après plusieurs essais et améliorations il y parvient finalement en 1761. Son chronomètre de marine baptisé H4 ne variait que de 1/3 de seconde par jour. Il perfectionna les chronomètres en inventant le roulement à rouleau, le balancier bimétal et le premier bilame.

La montre gousset, jusqu’alors cantonnée au rôle de bijou de luxe se démocratise et en 1850 la Waltham Watch Company crée la premier chaine de montage.

La montre à gousset et le chemin de fer

S’il est bien un domaine où la mesure du temps est importante c’est la gestion du trafic ferroviaire. Avec le développement du transport par voie ferrée, chaque chef de gare était équipé d’une montre gousset pour réguler la circulation des trains, de plus en plus nombreux. Mais ces montres n’étaient pas toujours très fiable, pouvaient s’arrêter et furent la cause de quelques accidents. En 1893 furent donc adopté les “General Railroad Timepiece Standards” qui déterminaient les spécifications que les montres devaient respectées pour pouvoir être vendues aux employés du chemin de fer.
Ceux-ci préconisaient que ces montres devaient être “à face ouverte, de taille 16 ou 18 (43 ou 45 mm) avec un minimum de 17 rubis qui ont été réglés sur au moins cinq positions. Les montres devaient être précises pour des températures de 1°C à 37°C, avoir un double rouleau, une roue d’échappement en acier, être réglables par levier séparé, un régulateur, une tige de remontage à 12 heures, et avoir des chiffres arabes noirs gras sur un cadran blanc, avec des aiguilles noires.”
Ceci obligea donc à améliorer la précision de ces montres.

Hamilton 992B
Hamilton 992B (Source : kenrockwell.com)
Hamilton 992B : mécanisme
Hamilton 992B : mécanisme (Source : kenrockwell.com)

Apparition de la montre-bracelet

Le besoin de porter une montre au poignet, sans avoir besoin de la sortir de sa poche, a été exprimé par les militaires qui devaient coordonner les assauts et les tirs d’artillerie. Cela conduit à la fabrication de montres bracelet à la fin du 19e siècle et encore plus lors de la première guerre mondiale.

Mais on rapporte plusieurs exemples historiques de montre gousset portée au poignet :

  • en 1571 Elisabeth I reçoit en cadeau un bracelet orné d’une montre
  • Blaise Pascal lors de sa retraite au couvent de Port Royal en 1655 portait sa montre au poignet, attachée par une ficelle
  • en 1790, Jaquet-Droz fabrique des montres bracelets à Genève
  • en 1810 Abraham-Louis Breguet crée une montre bracelet pour Caroline Murat, reine de Naples

Mais c’est en 1880 que l’on note la première production en série : l’horlogerie Girard-Perregaux livre 2000 montres à l’armée allemande.

Ainsi l’utilisation de la montre bracelet se généralisera dans les guerres de cette fin du 19e siècle et bien sûr lors de la première guerre mondiale.
En 1900, Omega crée la première montre bracelet de série.
En 1904 Cartier crée une montre bracelet pour l’aviateur Santos-Dumont
Les premières montres portée par les soldats de la première guerre mondiale étaient des montres gousset adaptées pour être portées au poignet, soit en soudant un arceau pour y fixer un bracelet, soit tout simplement en fabricant un bracelet de cuir qui englobait la montre gousset.

Montre de tranchée
Montre de tranchée
ancêtre de la montre bracelet
ancêtre de la montre bracelet

La mode de la montre bracelet était lancée, conduisant au lent déclin de la montre gousset, avant que celle-ci ne revienne de nos jours à la mode.
Mais la montre de gousset est un objet indémodable, toujours de bon goût à porter et faisant partie intégrante de son look !




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